Mickaël Harpon, quand la politique abîme le renseignement français

Les opinions exprimées ci-dessous sont uniquement celles de son auteur.

Mélangez la politique et le renseignement, et vous obtenez une recette pour le désastre ; ajoutez-y le politiquement correct et vous privez le pays de sa sécurité nationale. Les services de renseignement français comptent parmi les plus efficaces au monde et leur expertise en matière de lutte contre le terrorisme est sollicitée par de nombreux homologues.

Mais en une décennie à peine, et malgré l’abnégation exemplaire de ses personnels, ils ont été minés de l’intérieur par l’interférence politique régulière de personnalités élues mais incompétentes sur ses sujets et par la soumission au politiquement correct tenant lieu désormais de principe au risque de compromettre le secret de l’information et de l’appareil antiterroriste.

Alors qu’en 2005, quiconque montrait quelque comportement inadéquat aurait été suspendu voire renvoyé immédiatement, en 2019 un individu comme Mickaël Harpon, pourtant signalé depuis plusieurs années, a non seulement conservé son emploi au sein de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris mais a fini par assassiner quatre collègues dans ce qui ressemble fort à une attaque terroriste islamiste préméditée.

Pire, l’individu était affecté au service informatique à travers lequel transiteraient des données confidentielles, suscitant aujourd’hui une inquiétude légitime parmi les policiers, agents et contractuels des services de renseignement quant à leur identité et à leurs données personnelles et nominatives.

Cette attaque au cœur du dispositif français constitue une problématique de nature principalement politique puisqu’elle résulte directement de l’injonction faite aux services de renseignement par les élus politiques de se plier à une ligne politique spécifique qui a érigé le politiquement correct, l’acceptation de l’inacceptable et l’application de l’inapplicable en prérequis d’une sécurité nationale réduite à portion congrue depuis que le gouvernement français ignore manifestement qui entre et qui sort de son territoire.

Aussi, si en public de nombreux cadres parmi les plus expérimentés ont quitté leurs services ces dernières années pour une retraite bien méritée, en privé beaucoup expriment leur désarroi quant à l’interférence politique dommageable et à l’aveuglement des élus politiques quant à la situation sécuritaire, un constat largement partagé parmi ces retraités en Europe comme aux Etats-Unis.

Mickaël Harpon et ses actes exigent une révision des habilitations, le renvoi de tout personnel au comportement inadéquat, et la fin de toute interférence politique en matière de renseignement et de lutte antiterroriste. Apolitiques et portés par une obligation de résultat, les services de renseignement sont au service de la sécurité des Français et n’ont que faire de l’utopie politique de ceux qui pensent qu’héberger le loup dans la bergerie permettra de l’apprivoiser.

La sécurité nationale requiert secret, efficacité, réalisme ; les élus politiques rendraient un meilleur service à leur pays en ne s’en mêlant plus. Si le politiquement correct plaît sur les plateaux de télévision ou dans les dîners en ville, il n’a absolument pas sa place dans la sécurité nationale car cette dernière n’a aucune vocation politique et n’a qu’un seul et unique objectif : protéger la population, sans distinction.